Le législateur est-il misogyne ? Le risque chimique au féminin 

Connaissez-vous la mention de danger 𝗛𝟯𝟲𝟮 ?

Et le conseil de prudence associé 𝗣𝟮𝟲𝟯 ?

Les mentions de danger et les conseils de prudence sont les éléments obligatoires des étiquettes des produits chimiques distribué sur le marché européen. Des informations définies lors de la mise en place du règlement CLP en 2008.

👨‍⚖️  H362 et P 263 datent de cette époque.

La mention de danger H362 alerte sur la possibilité d’un produit d’être Nocif pour les bébés nourris au lait maternel.

Et le conseil de prudence est logiquement Éviter tout contact avec la substance au cours de la grossesse et pendant l’allaitement.

🍼 Donc on ne doit pas exposer une femme dès lors qu’elle est enceinte (ce qu’on sait si on va jusqu’à lire le conseil de prudence ce qui est encore plus rare que la lecture de la mention de danger).

Et cette information concerne 49% de la population active.

Une information déjà connue en 1967 puisque disponible dans l’ancienne directive (DSD/DPD – phase de risque R64) et déjà sans pictogramme.

Une mention de danger sans pictogramme

🔶  Posons nous la question : pourquoi le législateur n’a-t-il pas jugé bon d’affecter un pictogramme à cette mention de danger ?

Voire de lui en créer un spécifiquement ? 

Car la mention de danger H362 n’a pas de pictogramme. Pourtant un pictogramme est le premier signal d’alerte pour l’utilisateur qu’il faut prendre le temps d’en lire plus sur l’étiquette.

🔶  Et par ailleurs, pourquoi une mention de danger qui laisse à penser que l’exposition au produit sera problématique uniquement durant la phase d’allaitement ?
Parce que l’allaitement est préparé par l’organisme et ses nouvelles hormones, avant la naissance, dès la 16eme semaine de grossesse.

La classification commençant par H36X, il s’agit bien d’un produit reprotoxique et les produits reprotoxiques sont associés au SGH08.

Dans la réglementation actuelle, les mentions de danger H360 et H361 peuvent même être affublées d’un D ou d’un F, ou des deux, selon que c’est le Développement de l’enfant qui peut être altéré ou le Foetus. 
La toxicinétique sur le sujet est tellement poussée qu’on utilise soit une majuscule pour un risque probable  – « peut nuire à la fertilité, peut nuire au foetus » – soit une minuscule pour un risque possible – « Susceptible de nuire à la fertilité, susceptible de nuire au foetus. 

Une information historique

🔶  En 2008, l’employabilité des femmes était déjà ancrée dans nos sociétés.
Pourquoi ne pas avoir profité de la mise en place du CLP pour compléter l’affichage ?
Par sa souveraineté, l’Europe pouvant garder sa libre adaptation du SGH vis-à-vis de l’ONU, il aurait été pertinent de prévoir un pictogramme pour cette situation spécifique.

👉  Notre Code du travail exige une approche différenciée de l’évaluation des risques professionnels pour les femmes et les hommes, ce danger spécifique devrait d’autant plus être désormais signalé.

🔶  A notre connaissance, aucun produit ne porte que la mention de danger H362. On la trouvera en lisant l’étiquette de tout produit avant sa manipulation.

Un réflexe loin d’être répandu, acquis normalement lors des formations. Qui n’est pas encore systématique alors qu’obligatoire.

Surveiller la santé des femmes

🐣  Certes un arsenal dispositif existe pour surveiller la santé de la femme au travail dès lors qu’elle est exposée au risque chimique.
Il est recommandé qu’elle informe son employeur dès que possible pour ce que ce dernier puisse mettre en place l’organisation nécessaire.
Mais cela oblige une femme à partager rapidement ce qui relève de la sphère privée.

Un pictogramme spécifique, que nous avons totalement inventé pour illustrer cet article, serait la meilleure des sensibilisations pour les femmes.
Qui pourrait leur rappeler que c’est dans les deux premiers mois de grossesse qu’elle est le plus sensible à l’exposition aux produits chimiques. 
Plus la grossesse en est à son début, plus les risques d’anomalie morphologiques pour l’enfant porté sont majeures. 

Dans l’absolu, une femme devrait bénéficier d’une adaptation de poste dès qu’elle a un souhait de grossesse. Car le corps va mettre plusieurs semaines à éliminer les molécules et particules toxiques auxquelles il a été exposé.

Il n’a pas du beaucoup allaiter le législateur.

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