Comment optimiser les résidus d’expérimentation ?
Dans les résidus d’expérimentations, on considère autant les échantillons et matériels souillés ou contaminés que les mélanges utilisés lors d’une démarche expérimentale. Ce sont ces derniers qui nous intéressent aujourd’hui. Affiner la gestion de ces déchets dangereux améliore le bilan carbone de vos projets sans impacter la sécurité des opérateurs. Et réduit le coût du traitement par les filières.
Résidus d’expérimentation : de quoi on parle ?
Je ne parle pas des restes de réactif au fond du flacon qui exigent leur propre filière de traitement en tant que PCL (Produit Chimique de Laboratoire de moins de 5 litres). Si vous en avez, faites appel à une plateforme de revente (oui, oui, du même principe que celle qui vous permet de revendre le blouson dans lequel le petit dernier ne rentre plus) ou à votre collecteur de déchet préféré si les flacons sont périmés.
J’insiste sur le fait que ces fonds de flacon ne devront jamais finir dans votre bidon de résidus pour gagner du temps ou, croyez-vous, de l’argent. Car le bidon de déchet remis par votre collecteur est conçu pour transporter des résidus dilués et ne résisterait pas aux réactions exothermiques que vous créeriez en y mettant les dernières gouttes pures des réactifs commercialisés.
Je ne parle pas non plus des déchets biologiques. Si tous les déchets dangereux sont brûlés, la prise en charge et le traitement des déchets biologiques et chimiques différent. Vous avez un pathogène imprégné d’une solution chimique ? C’est le risque biologique qui prime.
Quand le déchet liquide dangereux est bien un résidu d’expérimentation au pur sens chimique du terme, vous pouvez briller dans votre politique sociétale avec une méthode éprouvée par l’expérience de terrain qui s’appuie sur le règlement CLP.
Qui est responsable du déchet ?
Le déchet a un propriétaire vers qui il faut pouvoir se retourner lorsque le contenu, le contenant ou l’information ne sont pas respectés.
Principe de création
En tant que « producteur », vous êtes responsable du déchet jusqu’à son élimination ultime.
D’ailleurs c’est parce qu’ils sont transportés avant d’être traités que les résidus doivent être stockés dans des contenants homologués et étiquetés (étiquetage des transports dangereux, compatibilité chimique). Un contenant mal étiqueté ou dont le contenu ne correspond pas à la description du déchet peut donc également être refusé.
Le respect des limites des contenants est inclus dans cette responsabilité. Un contenant trop rempli peut être refusé par votre prestataire. Lui aussi a une responsabilité d’employeur qui doit protéger ses propres équipes de collecte et de traitement des déchets dangereux.
L’information sur le bidon ne supporte donc aucune approximation ou hasard qui vous serait forcément reproché.
Le moment du tri est l’étape clé qui va identifier la filière et en déduire l’étiquette associée avec votre nom dessus.
Principe de traçabilité
Vous n’en êtes pas forcément conscient lorsque des équipes dédiées à ce sujet dans votre structure prennent le relais dès que vous avez fermé le bidon.
Mais remettre le déchet à un collecteur ne vous soustrait pas de votre responsabilité tant que le déchet existera. Du labo à l’usine de traitement avec plusieurs étapes intermédiaires possibles, le bidon est le vôtre ce qui renforce l’importance d’un étiquetage conforme.
Sachez que vous serez « déresponsabilisé » uniquement lorsque le BSD – Bordereau de suivi des déchets – reviendra, soit quand les bidons seront complétement brûlés (Article L541-2 du Code de l’environnement).
C’est pour toutes ces raisons qu’on veut le petit nom de votre équipe sur le bidon. Et la description exacte de son contenu. Au-delà de la refacturation interne qui viendra impacter le budget de votre labo.
Maintenant regardez les prix, regardez les volumes de déchets liquides générés et les prix appliqués. Reprenez votre respiration et poursuivons.
Analyser le résidu d’expérimentation
Entre le moment où on prend les réactifs et celui où la manip est terminée, le mélange aura connu de nombreuses modifications dont des dilutions.
Mélange, intermédiaire de synthèse ou solutions mères. Du moment que vous avez touillé, remué, peut être dilué, vous êtes concernés par cette méthode. Pour cela le CLP (règlement européen CLP (CE) n° 1272/2008) et une calculatrice feront l’affaire.
En préambule, cette méthode est particulièrement applicable pour les résidus créés régulièrement, ceux qui impliquent toujours les mêmes substances, les mêmes quantités, les mêmes mélanges et dilutions.
Sortez vos FDS
Pas de panique, vous n’allez lire que les rubriques 2.1.1 et 3.1.
La réglementation prévoit dans la classification des mélanges des seuils minimum de présence d’une substance pour qu’elle soit prise en compte. Votre résidu est aussi un mélange. Prenez l’ensemble des FDS des produits qui composeront votre résidu d’expérimentation et recherchez la classification et la catégorie dans la rubrique 2.1.
Face à chaque pictogramme, indiquez le produit concerné avec sa mention de danger et la catégorie puis la quantité utilisée. Cela permettra de faire les calculs dans l’ordre de préséance expliquée ci-après et donc de vous arrêter au résultat qui vous donne la classification de votre résidu.
Notez que certains produits ne réagissent pas comme les autres et ont des limites spécifiques de concentration qui ne permettent pas d’appliquer les seuils minimums. Ceux-là sont indiqués dans la rubrique 3.1 de la FDS. Parfois ces seuils sont à votre avantage dans notre méthode, parfois ils sont encore plus stricts. Mais au moins vous saurez comment vous lancez dans le calcul.
Sortez vos calculettes
Calculer pour les mélanges récurrents la concentration finale des substances dans le résidu généré peut démontrer que les seuils limites ou spécifiques ne sont pas atteints. Et s’ils ne sont pas atteints alors ils n’ont pas à être classifiés comme le pictogramme des substances pouvait vous laisser le supposer.
- Quand le mélange est CM mais pas R (de la mention H340 à H351), qu’il soit solvanté ou aqueux, il va dans la filière des CMR. De mémoire la plus chère. Oui mais. Le seuil de 0,1 % pour les cancérigènes et mutagènes de catégorie 1A et 1B doit être atteint pour conserver la classification. Pour les catégories 2, le seuil est de 1%.
- Pour les reprotoxiques, toxiques pour la reproduction et nocif pour l’allaitement – en résumé de la mention de danger H360 à H362, le seuil est de 0,3% pour les catégories 1A et 1B et 3% pour les catégories 2.
- Si le mélange est solvanté, le déclasser des CMR le renvoi dans la filière des inflammables. S’il est aqueux, dans la filière des solutions aqueuses.
- Avec les solutions aqueuses on recommence. Mais là on va s’intéresser à la concentration des produits classés corrosifs et irritants. Attention, pour les corrosifs, il s’agit ici des acides et bases forts, dont le seuil de 1% doit être strictement respecté pour être déclassé.
Changez de filière
Ces seuils calculés suffisent donc à relire la composition de vos résidus et questionner la filière. Pour les classer dans celle qui correspond vraiment au déchet. Si vous déclassez vers une filière moindre c’est souvent aussi une filière moins onéreuse, qui exigera probablement moins d’énergie pour être traitée. Bonne nouvelle pour la planète et votre démarche RSE.
Petit récapitulatif de la préséance de la filière de traitement de déchets ( illustration téléchargeable ici ):
- Comburant. C’est la classification qui est prioritairement recherchée. Je n’en ai pas parlé parce que si votre mélange contient une substance comburante, ne jouez pas avec le feu (ahahah) et laissez-la dans sa filière quelle que soit sa concentration finale. Principe de précaution.
- Ensuite, les résidus de solvant avec l’arbitrage binaire CMR ou pas CMR. Les seuils CMR ne sont pas atteints ? Alors filière inflammable.
- Enfin les dilutions aqueuses où la concentration de produits corrosifs ou irritants peut faire basculer votre résidu dans la dernière filière, la moins chère. En revanche, si les seuils sont atteints, veillez à distinguer les acides minéraux des organiques et bien sûr des bases, comme votre collecteur a dû vous l’indiquer.
Si vous avez un doute parce que vous êtes aussi mauvais que moi en math, conservez la filière la plus stricte, principe de précaution, toujours lui, oblige. Si vous n’avez aucune routine dans vos expérimentations et que vous innovez tous les jours alors vous devrez faire confiance aux prescriptions du collecteur.
Exultez
C’est balot de payer un bidon au prix du traitement de déchets CMR alors qu’il ne l’est plus, réglementairement parlant. Reprenez les tarifs négociés avec votre collecteur et faites le calcul.
Une fois le calcul fait, inscrivez la filière obtenue dans le résultat sur le protocole concerné ou sur la fiche de poste s’il en a une, pour ne plus revenir dessus.
Si ainsi vous identifiez des pistes d’amélioration budgétaire, partagez l’information pour que les équipes s’approprient ces nouveaux réflexes (principe de coactivité). Vous pouvez même fanfaronner un peu avec les économies que vous allez réaliser. De quoi se payer une nouvelle armoire de sécurité ou de mettre à jour la formation au risque chimique de tous les managers qui prescrivent des manips quand leur quotidien les a déconnectés des STOT, perturbateurs endocriniens et autres Svhc.
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